Où va le salariat ?

Le système économique qui mène le monde a pour fondement la valeur travail. Pourtant, partout dans le monde, le travail est malmené.
 

Sur le plan quantitatif, le chômage est une gangrène qui se diffuse partout. En France, le chômage ne cesse de progresser depuis la crise pétrolière de 1973. Les gouvernements changent, leur couleur politique aussi, les mesures anti-chômage se multiplient. Rien n'y fait ! Contre le chômage, on aura tout essayé, a dit Mitterand. Et Chirac, Sarkozy, Hollande ont continué à tout essayer. En vain. La perte de compétitivité de l'industrie française, accentuée par une vaniteuse politique d'euro fort, dans une économie libéralo-capitaliste mondialisée a rendu impuissant le pouvoir politique. Disparitions d'entreprises, délocalisations, réductions des coûts pour survivre ou accroître les profits des actionnaires et des élites dirigeantes, s'ajoutent et se conjuguent pour une évolution à sens unique: de moins en moins d'emplois.
Cette dramatique évolution a des effets sur la qualité même du travail.
L'inversion du rapport de force patron / syndicats au détriment de ces derniers a bloqué l'évolution du pouvoir d'achat de 80% des salariés. Seuls profitent de la croissance les actionnaires et l'élite dirigeante des entreprises. A eux les généreux jetons de présence (qui se comptent dorénavant en dizaine, voir centaine, de milliers d'euros), bonus, parts variables, parachutes dorés et autres stock-options. Pendant qu'une toute petite minorité de "yakafocon" amassent des fortunes, 80 à 90% des salariés courent après l'évolution du coût de la vie, et vivent l'entreprise dans un stress croissant sous la pression de la gestion par objectifs et la menace du chômage ou de la placardisation. 
Aussi inquiétant, le travail se précarise à une vitesse qu'on ne soupçonne pas. Les contrats précaires tendent à devenir la règle pour les nouveaux entrants sur le marché du travail, et le SMIC, qui ne permet pas même de vivre, devient un graal inatteignable. L'ère des petits boulots est arrivée, souvent sans rapport avec la formation ou l'expérience, interdisant tout projet de vie, et n'assurant pas le minimum vital. Les plates-formes Internet sont entrées dans la brèche, et voguent sur la vague de la difficulté d'obtenir un travail salarié avec un contrat offrant un minimum de sécurité. La paupérisation de ceux qui créent les richesses est le prix à payer pour que les grands patrons continuent à s'engraisser de rémunérations indécentes et de parachutes dorés.
Quelle société cela fera demain ? La valeur travail s'effrite, pourquoi travailler 8 heures par jour, hors transport, pour 500 ou 700€ par mois, qui ne permettent même pas de se loger ? La culture entreprise -"l'esprit maison"- s'effrite, sous l'effet de l'injustice croissante dans des entreprises qui n'ont plus de reconnaissance que pour les grands dirigeants. La vacation -"l'ubérisation"- va tendre à se substituer au salariat. Cela aura des bons et des mauvais côtés, mais l'engagement et le dévouement des salariés à leur entreprise fondront comme neige au soleil. L'entreprise a beaucoup à y perdre.  

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