Le scandale continue

Tavares
Le PDG de Peugeot double sa rémunération, qui était déjà confortable. Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Telle est la morale de patrons avides au gain, celui-ci n'hésitant pas à s'évaluer autant que 311 smicards de Peugeot, inconscients, ou pire insouciants, des dommages que de tels comportements causent à l'économie.  

Quand on est un tantinet idéaliste, et ne devrait-on pas l'être quand on appartient à une société bercée par le christianisme, on veut croire que les dirigeants, nos guides, devraient être un exemple.
Ils ne le sont que trop rarement, pour ne pas dire exceptionnellement.

Une entreprise sauvée par l'État et ses salariés

Le récent PDG de Peugeot en apporte encore une fois la désespérante constatation.
Il y a trois ans, PSA était au bord de la faillite. La faute à la conjoncture internationale bien sûr, à l'Etat qui accable de charges les entreprises, évidemment, mais surtout pas à la gestion des dirrigeants. Comme si les concurrents allemands ne devaient leur bonne santé qu'à Mme Merkel!
Comme PSA fait parte de notre paysage, l'Etat est accouru pour le secourir. Des millions ont été injectés au capital, un actionnaire chinois est venu à la rescousse, accord a été donné sur la fermeture de l'usine d'Aulnay, mettant à la rue des centaines de salariés, et en difficultés financières des communes de Seine Saint Denis déjà pas trop riches.
Et miracle ! Quelques semaines après, tout va mieux, encore quelques semaines, et le bénéfice atteint plus d'un milliard d'euros en 2015! 
Une mauvaise langue pourrait croire que les chiffres 2012 et 2013 avaient été enlaidis pour que tout le monde se résigne au drastique plan de fermeture d'Aulnay et de la suppression de 17000  emplois en trois ans. Pas tous par lui, du reste. Et PSA a profité, comme tout le monde, de l'évolution du cours des monnaies et des matières premières.
Mais le bénéfice est là, ne faisons pas la fine bouche.

 

Un partage inégal

Mais quel en est l'acteur principal? L'Etat qui a mangé son chapeau en soutenant à bout de bras une entreprise qui a toujours brillé par son hostilité à son égard? Les salariés qui de gré ou de force ont quitté l'entreprise, ont accepté des baisses de rémunérations? Les collectivités locales qui ont vu disparaître une part importante de leur activité économique? Carlos Tavarès, qui a fait toute sa carrière chez le concurrent Renault, et a pris la tête de Peugeot le 1er avril 2014? La conjoncture qui a vu repartir à la hausse les ventes d'automobiles?
Alors c'est vrai, soyons honnête, le salarié moyen a reçu aussi une part du gâteau. Pas le doublement du salaire, non. Pas d'augmentation du salaire non plus. Mais une prime, une prime de 2000€ pour l'année, non reconductible évidemment.
D'un côté un PDG tout beau tout neuf qui gagnait 2,4 millions d'euros et qui passe à plus de 5. De l'autre côté le petit salarié qui gagnait 1500 euros, et ... qui y reste. Mais Dieu merci, il aura droit à un pourboire de 2000€, pour solde de tout compte.

 

Un autisme périlleux

Si le salarié n'y retrouve pas son compte, la morale non plus. Certes Gattaz, en bon chef de corporation, trouve que c'est très bien. Certes Carlos Tavarès peut aspirer à atteindre les excès de certains de ses collègues patrons. Mais que peut en penser la grande masse des salariés de Peugeot, qui font l'entreprise, conçoivent et fabriquent les autos, les vendent ?
Ces comportements cupides sont le pire du capitalisme, et le mèneront un jour à sa perte. Même si on ne peut nier le rôle du pdg dans le redressement, la fermeture d'Aulnay est le résultat d'années de pressions, communication, lobbying, et tout le monde la savait inévitable. A ce qu'on sache, aucun nouveau modèle n'est apparu sous l'ère Tavarès. Il est arrivé au bon moment, c'est tout, et a profité des mesures enclanchées par les équipes précédentes.
Ce surdimesionnement de l'ego qu'habite ces pdg crée de plus en plus de dégoût, et de rejet de la grande entreprise, qui pressure sans discontinuer ses salariés, les embauche dans la précarité, veut plus de flexibilité pour les jeter plus facilement, pendant qu'eux-mêmes font fortune en quelques mois. 
Centrés sur eux-mêmes, mouches du coche modernes convaincues de faire tourner le monde à eux seuls, ils ne voient pas combien sont scandaleuses les rémunérations qu'ils s'octroient, et encore moins le danger qu'elles brisent un consensus social fragilisé par une conjoncture économique plus maussade pour les classes populaires et moyennes que pour les classes dites supérieures.