Tous pourris?

Panama papers107 journaux de par le monde ont dévoilé les plus grosses révélations jamais intervenues sur les pratiques et bénéficiaires de montages complexes en vue d'échapper aux impôts et/ou dissimiler son argent.

L'évasion fiscale, une activité vieille comme la banque

Et de quatre! Après les luxLeaks, les swissLeaks de HSBC, et les UBSLeaks, voici les Panama Papers, qui dévoilent près de 12 millions de fichiers traités par un cabinet panaméen de conseil et montage de sociétés offshore. 
Des milliers de clients, célèbres ou inconnus, vedettes du sport et du show-biz, pdg, hommes et partis politiques, sont pris le doigt, la main même, le bras entier, dans le pot de confiture. L'argent coule à flot dans ce monde que d'aucuns appellent "élite". Et quand l'argent est sale, fruit de trafics illicites, pots de vin, corruption, on sait depuis longtemps, très longtemps, que les banques, toutes les banques, de détail, d'affaires, de gestion privée, les avocats, les conseils en gestion patrimoniale, ont comme meilleur atout la gestion de fonds déposés dans des sociétés offshores, protégées par des sociétés écran, dans les nombreux paradis fiscaux qui essaiment le monde. Il n'est d'ailleurs pas besoin d'aller aux Bermudes ou à Panama, on a tout ce qu'il faut chez nous. Il y a quarante ans les grandes banques françaises proposaient déjà à leurs riches clients des montages domiciliés dans les pittoresques îles anglo-normandes. Avec la mondialisation, l'offre s'est étalée sur le monde entier. Ce qui était fait discrètement, presque sous le manteau, est devenu une activité bancaire à part entière, camouflée sous la belle appellation de "banque privée", dont le conseil fiscal n'est pas le point le moins mis en avant.

 

Et tout le monde de s'indigner

Chaque jour de la semaine qui vient va nous apporter son lot de révélations.
Le bon peuple va crier d'indignation, rejetant tous ces pourvus aux cris de "tous pourris". Cela ne l'empêchera pas de réélire triomphalement Balkany, ni d'aller applaudir Messie et les autres ou encourager Platini dans sa course brisée par la corruption à la tête de la FIFA.
Les politiques vont aussi bien sûr s'esbaudir d'indignation, même Coppé et Sarkozy qui ont vu des millions leur filer à travers les doigts sans qu'ils s'en aperçoivent. Hollande a déjà dit que c'était une bonne nouvelle pour le fisc français, qui saura maintenant où aller à la pêche au gros poisson, mais qui n'a "condamné" Cahuzac que du bout des lèvres, et qui n'a pas fait plus que ses prédécesseurs pour lutter contre cette évasion fiscale à grande échelle.
Les banques vont crier avec les hypocrites, elles qui ont bloqué toutes les velléités de réforme visant à séparer les activités, affirmant haut et fort que ces pratiques sont bel et bien terminées, qu'elles ne sont le fait que d'officines d'avocats peu scrupuleux. D'ailleurs SG et BNPP n'ont-elles pas, officiellement, fermé il y a quelques années leurs implantations à Panama? Outre que la décision de fermeture avait été un peu "dictée" par les autorités, cela démontre que ces banques sont présentes dans ces paradis fiscaux, où il n'est pas nécessaire d'avoir une implantation physique pour y faire des opérations. Le cabinet d'avocats d'où viennent les fuites est là pour ça.

Ne nous leurrons pas. Un des secteurs le plus en expansion dans les banques ces dernières années est la banque privée. Le client cible n'en est évidemment pas le salarié, même supérieur. Des avoirs financiers d'un ou dix millions d'euros constituent le plancher pour accéder au graal du conseil. Le compte sur livret, même A ou LDD, n'est pas le produit phare de ces banquiers, dont la clientèle peut être des pdg en exercice ou ayant vendu leur entreprise, mais aussi des hommes politiques ou importants personnages du sport, du spectacle, du monde associatif, brassant des millions plus ou moins transparents. Sans même parler des trafiquants en tous genre, des marchands d'armes et intermédiaires, qui fréquentent sans complexe les ministères et invitent ministres et décideurs dans leurs villas au bord de la Méditerranée. 

Faut pas rêver!

Après la crise mondiale qui en 2008 à failli mettre le monde par terre, tous les décideurs du monde s'étaient mis d'accord pour séparer les activités des banques, d'un côté la banque spéculative qui prenait des risques pour son propre compte, de l'autre les activités de dépôts et prêts à la clientèle. La pression des banques a été telle qu'aucun pays n'est passé à l'acte, et les banques continuent allègrement de spéculer pour leur propre compte, dans des activités certes risquées, mais qui pallient l'affaiblissement structurel de la rentabilité de la banque de détail.
Aussi, les fuites et les mesures prises pour traquer ces montages contribuent-elles à leur sophistication croissante, les rendant de plus en plus difficiles à démonter.
Seul, un pays ne peut rien. Sans collaboration des Etats, avec moyens d'investigation communs, partage d'informations et de fichiers, sanctions, réglementations communes, la situation n'évoluera pas, ou si peu. On en est bien loin.
D'autant, on l'a vu, qu'une opération "mains propres" ne va pas vraiment dans l'intérêt de élites, qui se distinguent des autres par une cupidité à la dimension de leur ego.

Le risque d'image qu'une présence dans ces montages sulfureux présente pour une personne un tant soit peu médiatique est encore le frein le plus puissant à la tentation de l'évasion fiscale. On l'a vu pour Platini. Mais cela ne concerne que ceux qui sont appelés dans leur parcours à solliciter des suffrages. 
On a évidemment raison de dévoiler ces scandales. Même si on doit craindre que les premiers bénéficiaires en soient les partis populistes, qui surfent sur le "tous pourris" des élites. La seule facon d'inverser cette tendance serait de pouchasser tous les fraudeurs et les sanctionner sévèrement et publiquement.
Mais là, faut pas rêver! 

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