Sans foi ni loi

Psa opelL'an passé, PSA rachetait Opel pour 1,3 milliard d'euros. Face à l'inquiétude des syndicats allemands sur l'avenir de la marque allemande et des emplois, le PDG français jurait ses grands dieux que la marque conserverait son identité allemande. Un an après, la réalité pourrait être bien différente.

Opel : une disparition programmée

Quinze mois après le rachat de la marque allemande, on apprend que PSA pourrait céder une grande part de la branche de recherche-développement d'Opel à ALTRAN, sous-traitant français travaillant déjà pour PSA. Près de 4000 salariés seraient concernés, sur les 8000 que comprend la RD chez Opel.

Les esprits s'échauffent en Allemagne, parce que la RD d'Opel était présentée jusque là comme la perle d'Opel, et le garant de l'identité du constructeur comme marque allemande. 

Le choc en Allemagne est immense, d'autant que les projets et tractations se font à la française, c'est à dire en douce et à l'insu des syndicats et des conseils d'administration où sont présents les représentants des salariés. Si dans la pratique française les directions générales ont un pouvoir sans limites, ça n'est pas le cas chez nos voisins qui pratiquent la co-gestion depuis des décennies.

La fin des constructeurs automobiles

Depuis des années, tous les constructeurs automobiles ont un recours croissant à la sous-traitance. Ce n'est évidemment pas sans danger, car au bout du bout, lorsque la construction automobile se résoudra au montage et à la sous-traitance, le perte du savoir-faire des constructeurs ouvrira la porte à tous les nouveaux intervenants. Les constructeurs sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis.

En attendant, PSA s'engage dans une casse sociale et humaine considérable.
Des milliers d'ingénieurs et cadres se retrouvent "vendus" comme de simples pots de yaourts. Certains changeront simplement d'employeurs, d'autres iront chez la concurrence, ou en retraite ou au chômage. Tous seront choqués, démobilisés, heurtés d'être traités comme des moins que rien, des compétences jetables sur l'autel de la rentabilité capitaliste.
L'image de PSA va en prendre un sacré coup. Comme d'autres, l'entreprise se montre parjure, en n'hésitant pas à trahir des engagements pris il y a à peine plus d'un an .
Pas sûr que le consommateur allemand apprécie, et pardonne à l'entreprise française, qui aura bien du mal dorénavant à éviter la débâcle d'Opel, en difficultés depuis des années. PSA s'en verra attribuer la responsabilité, ce qui ne fera guère progresser ses parts de marché, déjà bien faibles, sur le marché allemand et est-européen. 

Cela amène à s' interroger  sur l'intérêt final de PSA au rachat d'une marque à la notoriété déjà médiocre, et qui s'effondrera lorsque ses acheteurs potentiels sauront que les futurs modèles ne doivent rien à la qualité allemande ! 

PSA ou l'art de transformer en coquille vide l'entreprise rachetée !

Capitalisme voyou

Cette opération, pas unique en son genre évidemment, est symptomatique de l'absurdité du système capitaliste qui régente le monde. Les grands groupes qui imposent leur loi ont pour seul objectif la rentabilité au profit de quelques privilégiés, et visent à cette fin à accroître leurs parts de marché, au prix de la mort de leurs concurrents, pour baisser la pression concurrentielle et augmenter les marges. 

Peut-être que, dans la pure logique capitaliste, PSA y trouvera son compte à moyen ou long terme, même si les exemples fleurissent de rachats ratés aboutissant à la disparition pure et simple d'entreprises.

Mais en terme d'intérêt collectif, le bilan de l'opération est nul, et même négatif. Des emplois supprimés, des tonnes de stress et de rancoeur, le travail en perte de sens, l'irrespect à l'égard des salariés, pourtant créateurs de la valeur, management sans états d'âmes, un accroissement de la perte de confiance dans les entreprises et le capitalisme.

On sait que le capitalisme est amoral. Le problème aujourd'hui est que les grands groupes, qui en sont l'expression ultime, sont sans contre-pouvoir. Les PDG se voient au-dessus des lois, prennent de haut hommes politiques et médias, et estiment n'avoir de comptes à rendre qu'aux seuls conseils d'administration, composés de féaux qui leur doivent tout.

Mittérand, Sarkozy, Macron, et les autres, partout ailleurs, ont cru ou veulent croient encore qu'ils peuvent changer le monde. Mais ce sont les entreprises qui font le monde et façonnent la vie des gens. Et le monde qu'elles créent est fait de stress, chômage, détresse, injustice, exploitation, sans même évoquer la destruction de la planète. Les gouvernements légifèrent à tout va pour tenter de freiner les excès des entreprises, mais en vain. Elles s'adaptent, et les milliers d'experts à leur disposition savent trouver les moyens pour détourner tous les règlements susceptibles de rogner leur cupidité.

Mitterand voulait changer la vie. Il a réformé comme jamais, pourtant les gens n'ont rien ressenti. Macron prône le changement, et réforme à tout va. Pourtant encore, l'opinion ne perçoit aucun changement. Même chômage, même stress au travail, même pouvoir d'achat en berne pour 80% des salariés, et stress et pressions en hausse pour les autres, même temps perdu dans les transports, même coût pour se loger, même manque de reconnaissance.

Pour que les gens perçoivent du changement dans leur vie, il faut que les entreprises qui les emploient évoluent dans leurs comportements: moins de pression, volbté de justice, désir de faire progresser le paouvoir d'achat, confiance dans les salariés, reconnaissance et respect. En clair, mettre l'homme au centre, salariés et clients, et non le profit. Ce dernier est une contrainte, non l'objectif autour duque l'entreprise tourne. 

Pas de salut hors l'union

Pour sauver le monde, il faut changer le capitalisme, et pour cela que les états reprennent la main et s'unissent.

On le voit bien en matière fiscale, où par manque de politique commune, le nombre de fraudeurs ne diminue pas. La fraude est seulement rendue plus difficile, et les gros patrimoines trouvent toujours, directement ou indirectement, à la BNPP, SG ou CA, pour ne parler que des banques françaises, les bons conseils pour minimiser leur fiscalité. Regardons seulement pour s'en assurer leur activité de banque privée et de gestion de fonds, en pleine expansion ces dernières années !

Tous les gouvernements ou presque sont d'accord pour limiter les dégâts faits à l'environnement qui condamne à terme la planète et ses habitants. Dans les faits, chacun préserve ses entreprises et ses emplois, et ces dernières ont beau jeu de continuer à polluer la planète, rendre malade les consommateurs, réchauffer le climat.

Face à la mondialisation de la finance et du commerce, il faut la mondialisation des réglementations et de l'éthique. Ce n'est pas vers ça qu'on va aujourd'hui, les multi-nationales règnent, et imposent leurs choix de vie à une population qui en crève doucement. Irrespect, pressions en tous genres, niveau de vie en berne, qualité de l'emploi, perte de sens du travail, conditions de travail en berne, sont le résultat de l'évolution du capitalisme ces dernières années. On déréglemente dans les pays développés, on exploite sauvagement dans les autres.

Le profit pour quelques uns a remplacé l'homme dans la finalité de l'action. Combien de temps cela durera-t-il ?

L'article du Monde