De Munich en Munich

Samedi 13 février, il y avait à Munich une conférence sur la sécurité à propos de la Syrie, Ukraine et de la crise migratoire. Vaste programme, qui a donné lieu à des échanges durs et houleux, qui ne sont pas sans rappeler de catastrophiques précédents.

Violences verbales à Munich

Le premier ministre russe, Medvedev, avait planté le décor en reconnaissant que "le tableau était encore plus sombre qu'en 2007", quand Poutine était intervenu devant la même conférence. Medvedev avait déjà donné le ton en mettant en garde les américains et leurs alliés contre une menace de "nouvelle guerre mondiale", précisant que la Russie était la "plus grande puissance nucléaire mondiale". A bon entendeur ... 
Accusant l'OTAN d'être inamical et opaque, il a dressé un catalogue apocalyptique des crises que traverse actuellement le monde. Le responsable? L'occident et ses "tentatives infructueuses d'imposer une démocratie à l'occidentale". La Russie tue des civils en Syrie? Prouvez-le, répond Medvedev.
Si le 12 février un accord paraissait avoir été signé pouvant déboucher sur des discussions entre syriens, le ministre russe des Affaires étrangères n'a pas craint d'affirmer "que cet accord de Munich sera impossible à réaliser, et ce sera la faute des américains". Qu'on se le dise!
John Kerry a quant à lui annoncé le quadruplement du budget des dépenses militaires destinées à renforcer la présence militaire de l'OTAN en Europe de l'Est. 
Le pessimisme était de rigueur à Munich, où on sait bien ce qu'un accord peut cacher. "Les aspirations impériales de la Russie sont un problème pour le flanc Est de l'OTAN. L'Alliance doit y renforcer sa présence" dit le président polonais. "La guerre froide? Elle est déjà très chaude en fait", constate la présidente de Lituanie. Et de déplorer que l'Occident reproduise la même erreur en "s'inclinant" devant la Russie. Le président de l'Ukraine en a rajouté trois couches en accusant la Russie de promouvoir une "Europe alternative", celle de "l'isolationisme, de l'intolérance, de la négation des droits de l'homme, du fanatisme religieux et de l'homophobie". Et de conclure "cette Europe a un chef, Poutine, et des troupes, les partis pro-russes dans toute l'Europe".

L'impensable

Insensiblement, la température monte. Le prosélitisme en faveur de la démocratie de la vieille Europe esclavagiste et colonialiste a débouché sur des Etats artificiels éclatés et le rejet intégriste de ses valeurs. A travers Poutine, la Russie, bafouée par l'Occident après la chute du mur, prend sa revanche, et avance ses pions savamment pour accroître sa zone d'influence en Europe de l'Est et au Proche-Orient. 
La guerre est partout, et tous les jours un peu plus. Les beaux messieurs cravatés qui nous gouvernent se chauffent mutuellement dans les salons feutrés des grands lieux de conférences, jouant sur les peurs de la guerre pour soumettre l'adversaire. A ce jeu-là, on sait que de concession en concession, de Munich en Munich, la guerre est au bout. 

  

L'Histoire ne sert pas d'expérience, et ce n'est ni l'intelligence ni la raison qui nous gouverne. Pour le malheur des citoyens chair à canon, le pouvoir appartient toujours et partout aux plus cupides, assoiffés de puissance et de richesses. Les Mandella et Gandhi sont des raretés. Nulle part, les peuples sont appelés à se prononcer pour ou contre la guerre, même si ce sont les premiers à en payer le prix et les derniers à en connaître les raisons.
On peut craindre le pire de la situation actuelle, avec un Poutine assoiffé de revanche, et qui joue, et gagne pour l'instant, sur la lâcheté des occidentaux. Mais au traité de Munich de 1938, applaudi par les citoyens, a succédé très vite la guerre. On ne peut pas toujours reculer, et faire entendre raison à un chef d'Etat qui veut la guerre, ne peut se faire que ... par la guerre.
Une troisième guerre mondiale semblait totalement impensable il y a quelques années, qui oserait aujourd'hui l'affirmer?

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