Non je n'ai pas changé

  • Le 15/03/2021
  • Dans Humeurs
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C'est ce que doit chanter le capitalisme financier triomphant, qui maintient son cap égoïste et destructeur contre vents et marées.

Emmanuel faber danone

Comme on pouvait s'y attendre, les actionnaires ont eu raison du pdg de Danone.

Il faut dire qu'Emmanuel Faber était en dehors de la norme capitaliste. Voilà un pdg qui donnait une partie de sa rémunération (importante) à des associations, qui a voulait faire de Danone une entreprise "à mission", qui, c'est un comble, s'intéressait même à la santé de ses clienst, qui s'interrogeait sur la pauvreté et les inégalités !

Qui plus est, il n'est pas un de ces mercenaires qui courent de groupe en groupe, avec à chaque fois une envolée de sa rémunération. Il est croyant, prenant même plaisir à des retraites spirituelles, boit et mange peu, ne fume pas, semble avoir un train de vie plutôt austère.

Emmanuel Faber n'est sans doute pas un saint, mais ayant une conscience, la recherche du profit n'est pas le moteur premier de son action. Crime impardonnable pour des actionnaires réactionnaires et arrogants, et qui ont pour seule vision de l'entreprise, les profits pour l'actionnaire et la croissance du cours de bourse qu'ils entraînent.

 

Quelle légitimité pour ces fonds actifs?

 

Artisan parters

Dans l'entreprise capitaliste post années 80, l'actionnaire a tous les pouvoirs, les salariés aucun, pas plus que l'Etat. On en voit les résultats dans l'impuissance de ceux-ci à se fournir en vaccins.

La fronde vient d'un fonds d'investissement américain dit actif, Artisan Parters. Il détient 3% du capital, acquis par acquisition d'actions sur le marché ces derniers mois. Autrement dit, il a acquis ces actions sur le marché secondaire, sans rien apporter à Danone.

Pour ce fond prédateur, le but unique est la plus-value, qu'il appelle faussement "accroissement de valeur", qui passe par des dividendes maximaux dans l'espoir d'une hausse du cours de bourse. 

Le cours de bourse pourtant n'a pas grande signification, et il est bien loin de représenter la vraie valeur de l'entreprise. Celle-ci est constituée de la compétence et motivation des dizaines de milliers de salariés qui font la réalité de l'entreprise, des produits fabriqués et de leur adaptation au marché, des parts de marché, des pays où l'affaire est présente, des matériels, laboratoires, capacités d'innovation ...

Avoir l'oeil fixé sur la seule capacité bénéficiaire à court terme fait courir le risque de sacrifier beaucoup d'éléments contribuant à la vraie valeur de l'entreprise, et qui sont les conditions de sa pérénité.  

 

 

Un nouveau pdg et un nouveau dg vont être nommés d'ici quelques mois. Il rencontreront l'agrément de ces actionnaires prédateurs et âpres aux gains, qui désigneront clairement les objectifs : des profits et des dividendes, et un cours de bourse en croissance.

La solution est déjà toute trouvée : fermetures d'usines, mais sans baisse de la production (travailler plus pour gagner pareil) et ventes d'actifs. Ces mêmes actifs qui étaient présentés comme stratégiques au moment de leur acquisition, et qui se trouveront sacrifiés à l'autel des dividendes.

Tant pis pour les salariés dont les postes seront supprimés, tant pis pour ceux qui changeront d'actionnaires, et donc sans doute de stratégie. Les salariés d'aujourd'hui sont les esclaves d'hier, ballotés de groupe en groupe en fonction des errements stratégiques des dirigeants placés sous l'emprise d'actionnaires avides.

 

Le capitalisme conduit le monde à sa perte

Certains diront que le système est bon, et que cette course aux profits et dividendes est gage d'efficacité, à défaut de créer de la justice.

Peut-on en être si sûr? Il y a quarante ans, le marché bancaire français était accaparé par les trois banques dites inscrites, BNPP, CL, SG. Privatisées, cotées, intégrant stock-options et actions gratuites pour motiver les troupes, distribuant de larges dividendes (même en situation de pertes pour la SG) pour plaire aux analystes, nos trois vieilles, le regard fixé sur le compte d'exploitation, ont inexorablement perdu des parts de marché. Hier dominantes sur le marché des particuliers et des pros, elles sont aujourd'hui marginalisées par les banques mutualistes qui accaparent 80% du marché. Sans le poids de leurs clients grandes entreprises, les banques capitalistes seraient réduites à un rôle marginal.

Il faut en finir avec l'actionnaire roi du monde, qui impose son implacable loi du profit au monde entier. Cette exigence radicale amène malheur au travail, perte de sens, destruction de l'environnement, exploitation de la main d'oeuvre, indifférence ou hostilité à tout ce qui ne va pas dans le sens souhaité.

Dans ses excès, le capitalisme conduit le monde à sa perte. Il est temps que les Etats s'entendent sur le respect de règles déontologiques limitant le pouvoir de ces fonds au seul droit de recevoir des dividendes. Il est temps d'introduire dans les entreprises cotées un vrai contre-pouvoir aux actionnaires en établissant un pouvoir des salariés, qui sont et font la richesse de l'entreprise. 

La démocratie ne doit pas se résumer à élire tous les quatre ou cinq ans des dirigeants politiques aux pouvoirs limités, mais doit s'étendre aux entreprises par un accès au pouvoir des salariés qui y consacrent tout leur temps et en ont la connaissance. 

On en est loin, et le sujet est peu évoqué. Mais rien ne changera dans le monde si on n'ose pas remettre en cause ce pouvoir exorbitant de l'actionnaire des grandes entreprises. 

 

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