Orpéa ou les limites du capitalisme financier

OrpealogoOrpéa fait la une de la rubrique scandales. Ce qui arrive quand le profit est élevé au rang d'objectif unique de l'activité des entreprises, et quand l'humain et l'intérêt général passent derrière la cupidité. C'est la limite du capitalisme financier mondialisé.

La course au profit

Orpéa a pêché en plaçant la recherche du profit au-dessus du bien-être de ses résidents et de ses salariés. Quand les résidences afffichent complet, et qu'il faut encore et toujours accroître les profits pour plaire aux actionnaires, il n'y a pas trente six moyens, il faut baisser les coûts. Alors on économise sur le nombre d'aides-soignants, sur leur qualification, leur rémunération, sur les activités et loisirs, la nourriture. L'effectif est calculé au plus juste, et les absences - congés, rtt, maladies, gardes d'enfants, formation - sont compensées par le recours à l'intérim avec des personnes non ou mal formées, éventuellement peu motivées ou attirées par un métier difficile et mal payé.
Dans ces organisations capitalistes sous l'oeil permanent des marchés et de leurs analystes et traders, les ratios de frais généraux sont passés à la loupe. La gestion par les flux tendus est la règle pour les hommes comme pour les marchandises, et la baisse des frais généraux par rapport au chiffre d'affaires un objectif qui se renouvelle chaque année. Vient un moment ou faire moins entraîne une baisse drastique du service rendu, jusqu'à aboutir possiblement à la maltraitance.
C'est la voie empruntée par Orpéa, et d'autres évidemment, comme Korian.  

Le règne du contrôle de gestion

Cette suprématie du contrôle de gestion sur tout autre domaine de l'entreprise se voit partout dans le monde occidental, secteur privé et pubic confondus.
La crise de l'hôpital est la conséquence de nombreuses années de gouvernance des managers et des comptables, où le malade n'est plus une fin, mais une source de coûts. L'opération en "déambulatoire" en est la caricature, où on renvoie chez eux des personnes opérées le jour même, dans les vap et incapables de marcher. D'ailleurs sont-elles vues encore comme des personnes, quand il est même impossible de rencontrer le chirurgien qui a opéré?

A ce jeu-là, le confort, la sécurité, la qualité de service sont sacrifiés sur l'autel de la profitabilité. La banque ferme ses agences, diminue le nombre de chargés de clientèle, la SNCF néglige ses infrastructures générant un nombre croissant de défaillances, la même SNCF met en oeuvre une politique tarifaire hermétique et injuste, la Poste, les mairies, ferment les services ou les réduisent, les constructeurs automobiles allongent les délais de livraison jusqu'à 6 mois et plus, en dehors de l'effet covid et puces, Air France généralise à tous ses vols la qualité de service des compagnies discount, les grands spectacles de sport sont monopolisés par les chaînes payantes.

L'argent est partout le seigneur et maître, ce qui est vieux comme le monde. Mais ce qui est nouveau, c'est que cette course sans fin et sans scrupule au profit se propage à des secteurs où l'humain doit être la finalité, et au secteur public et associatif. 

Le cours de bourse

SG ferme la moitié de son réseau de banque de détail, supprime des milliers de postes. Dans quel but? Réduire les coûts, afficher des coefficients d'exploitation qui plaisent aux analystes, engranger des profits qui vont alimenter des distributions extravagantes rémunérant notamment le staff de direction, porter le cours à la hausse pour enrichir les bénéficiaires de stock-options et d'actions gratuites. 
On va à l'extrême quand le bénéfice restant est utilsé pour racheter ses propres actions, pour encore et toujours faire monter le cours! Tant pis si pendant ce temps-là, la banque perd des parts de marché.

Ainsi va Sanofi, qui a avalé tout ce que la France possédait de laboratoires pharmaceutiques et de centres de recherche, génereuse avec ses actionnaires et ses dirigeants, et qui s'est montrée incapable de sortir un vaccin anti-covid, seule parmi les "big pharma"! Quelques mois avant le covid, Sanofi lancait un plan social sur ses centres de recherche. Economies! économies!

La hausse du cours de bourse devient l'objectif unique, parce que c'est ce qui va le plus dans l'intérêt de l'actionnaire. 

 

Le résultat en est une déshumanisation de l'activité humaine et une perte de sens du travail. Le nouveau monde n'est pas encore là, il viendra le jour où les valeurs imposées par le capitalisme financier mondialisé ne prendront plus le pas sur le sens au travail et l'humain.

Aujourd'hui, le capitalisme et ses règles envahissent tous les secteurs, sur la base d'une confusion létale entre saine gestion des deniers publics et privés et pression sur les coûts à la seule fin d'augmenter les profits.

Le nouveau monde n'est pas encore pour demain.

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