Que la fête continue !

Passent gilets jaunes, covid, crise climatique, convois de la liberté, et explosent les bénéfices des multinationales et grandes banques! Et avec eux les distributions aux actionnaires. L'ancien monde se porte mieux que jamais.

Tout pour l'actionnaire

C'en est indécent dans ces temps de difficultés mondiales, sanitaires et économiques, les bénéfices des grandes entreprises cotées explosent dans le monde entier, battant pour nombre d'entre elles des records historiques.

Plus choquant encore, jusqu'à l'écoeurement, ces super profits vont servir, jusqu'à 40% pour la SG par exemple, à rémunérer les actionnaires. Ces mêmes actionnaires qui ne sont jamais mis à contribution quand les temps sont difficiles. Dans ces circonstances, c'est aux salariés qu'on fait appel en supprimant des milliers de postes via des plans qui n'ont de sociaux que le nom, et l'Etat.

 

L'actionnaire à responsabilité limitée

L'actionnaire dans ces grands groupes cotés n' a rien de l'actionnaire décrit dans les principes fondateurs du libéralisme économique. Celui-ci prend le risque de l'entreprise, contribue à son développement, est collé quand l'entreprise va mal.

L'action d'un grand groupe coté est un bien mobilier, totalement liquide si l'entreprise va bien, qu'on peut vendre et acheter au grè des jours, et même plusieurs fois par jour.

Ce n'est plus à lui qu'on fait appel pour financer les investissements, mais aux marchés obligataire et bancaires.

C'est encore moins a lui qu'on fait appel quand l'entreprise va mal. A t-on déjà vu une grande entreprise cotée faire appel à ses actionnaires pour financer des pertes, ou aider une trésorerie passagèrement étroite? A qui les banques ont-elles fait appel après la crise de 2007?
Quand la tempête s'annonce, l'actionnaire de la grande entreprise cotée va vite quitter le bateau, au profit d'un acheteur spéculant à la baisse du titre.
L'actionnaire d'une entreprise familiale comblera autant que possible les pertes, tentera de renflouer l'entreprise, parfois en hypothéquant ses biens. 

 

Les nouveaux rentiers

Ces actionnaires de grandes entreprises sont les rentiers du capitalisme financier international, ce sont eux les nouveaux privilégiés, engrangeant des dividendes sans créer eux-mêmes de valeur.

Daniel Bouton, pdg un temps de la SG, croyait motiver ses cadres en proclamant que "l'objectif de l'entreprise était l'accroissement de valeur pour l'actionnaire" ! Est-il possible de croire que cet objectif soit à même d'aider le salarié à se lever le matin ? Pouvait-il croire que l'accroissement de richesse de la veuve de Carpentras, qui n'existe plus guère, des grands dirigeants, des grandes institutions financières, des fonds d'investissement détenus par les milliardaires dans des paradis fiscaux, ou des spéculateurs à très court terme, soit le stimulant de l'activité humaine?

Sauf que Bouton était un actionnaire, et que les actions SG étaient la pierre fondatrice de sa fortune. Mais la cupidité élevée au rang d'institution a fait naître l'affaire Kerviel, et a fait tomber l'arrogant président, qui quittera la SG tête basse, tout déprimé, mais fortune faite et riche d'une plaisante retraite SG de 730000€ annuels, valeur 2010). 

 

Jusqu'à quand ?

Pendant que les actionnaires s'empiffrent, et le mot n'est pas trop fort, sans risque, les sans-grade ou derniers de cordée subissent les plans sociaux, les pressions à la productivité, la rigueur salariale qui plait tant au marché. Sans reconnaissance aucune par-dessus le marché!

Les gilets jaunes ont sonné l'alerte. Les derniers de cordées des hôpitaux, des maisons de retraite, de la distribution, ont démontré par leur conscience professionnelle qu'un pays ne tournait pas sans eux. Alors ils ont tenu le pays, et tout le monde d'applaudir le soir à son balcon. Sauf les plus riches sans doute, dont les balcons sont cachés au fond du grand parc de leurs belles maisons. Le scandale Orpéa, l'impuissance de Sanofi, montrent les terribles conséquences de cette stratégie "tout profit". 

Mais le cauchemar capitaliste continue comme si de rien n'était, les objectifs visent toujours le plus de profits, pour ces mêmes actionnaires et dirigeants.

Jusqu'à quand le monde des privilégiés restera-t-il indifférent au sort du plus grand nombre? Est-ce tolérable que F Oudéa, à la tête de la SG, gagne 3, 4, ou 5, ou plus, millions d'euros annuels, et le guichetier, même s'il ne s'appelle plus comme ça, autour de 1500€?

Le patron du Médef, privilégié de père en fils, joue la vierge effarouchée quand Valérie Pécresse, qui ne s'est pas vraiment fait connaître par ses convictions sociales, évoque une augmentation des salaires de 10%. A t-il compris que ce n'est pas son salaire qui était concerné, cela coûterait trop cher effectivement, mais celui des millions de personnes que le salaire ne suffit pas à faire vivre, même en travaillant 35 heures ou plus par semaine?

Un jour ou l'autre, cela se paiera. Hier mai 68, puis l'explosion des banlieues, les gilets jaunes, le convoi de la liberté aujourd'hui.
Et aussi une grande part de la population qui se dit intéressée par la politique, mais pas par les élections. Préoccupant, non? 

 

 

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