Qu'est Macron devenu ?

Il prêchait pour une France compétitive et déréglementée, moulée pour la dure réalité de la mondialisation et d'un monde en perpétuel changement. Il voulait dynamiser l'Europe, et renvoyer aux archives les vieux clivages politiques gauche droite. Gilets jaunes et covid sont passés par là.

Le macronisme

Au Ministère comme dans sa campagne, Macron était le chantre d'une France moderne, compétitive, déshinibée, prenant une place déterminante dans le concert des nations. Promouvoir les start-up, sauvegarder les intérêts des plus riches afin d' attirer les capitaux et permettre le ruissellement sur les moins riches, maintenir des finances saines, déréglementer pour libérer les énergies, constituaient le socle du programme économique du candidat à la présidentielle. Sa vision  était celle d'un monde où règne la compétition, demandant souplesse et inventivité pour sinon progresser, du moins subsister.

Franchement européen, sûr de lui et de la force attractive de sa jeunesse, Macron entendait faire bouger les lignes d'une Europe bloquée par des règles de gouvernance inadaptées. Au Hollande velléitaire et peu charismatique, il comptait sur sa jeunesse et la fulgurance de son ascension pour briser les égoïsmes nationaux.

Venant de la gauche mais plus pragmatique qu'idéologue, surfant sur la vague du dégagisme politique, il a assis son succès sur la volonté de rebattre les cartes du paysage politique français. Ni à gauche, ni à droite, le macronisme a pioché ses électeurs à gauche et à droite.

La dure réalité

Deux mesures anti voitures, taxe carbone et limite de 80 km/h, auront eu raison de la vision macronienne. A travers la révolte des gilets jaunes, on a vu la France d'en bas exprimer avec violence parfois son mécontentement et son ras-le-bol de la gouvernance par des élus jugés non représentatifs.

La France des sans-grade, des premiers de corvées, a pour une fois fait entendre sa voix. Cette France qui fait les barricades a beaucoup effrayé le pouvoir en place, et même toute la classe politique. Le président a fait amende honorable, et a fait ses Canossa en allant de ville en ville écouter les doléances des français oubliés. Si l'impôt sur la fortune n'a pas été rétabli, les titulaires de bas-revenus ont été subventionnés, une dizaine de milliards a été mise sur la table, et le président présumé des riches a dû enrichir un peu, tout petit peu, les pauvres.

Arrivé à l'Elysée, Macron a vite fait la tournée des popotes européennes. Mais sa jeunesse et sa foi n'ont pas suffi à rendre européens les sceptiques et les orthodoxes, au moins jusqu'à la crise économique qui a fait suite au covid.

Le covid a surpris le monde entier, obligeant le président à déclarer l'état d'urgence sanitaire et à mettre à l'arrêt un tiers de l'économie. Le réveil est brutal et le redémarrage lent, l'endettement explose et range la France durablement dans les pays du club med, l'Etat qui se voulait facilitateur est devenu protecteur comme jamais dans son histoire. Avec comme résultat une opinion désenchantée, où le dégagisme continue à faire recette, où l'abstention aux urnes poursuit son inexorable progression.

Une vaguelette verte (20% des votants) souffle un vent de contestation, bien différent de celui promu par Macron candidat. L'air pur, le climat, la verdure, moins de pression, semblent l'emporter sur la compétitivité et la croissance, et donc l'emploi. 

Président caméléon

Ainsi la réalité a eu raison de la vision macronienne, et il ne reste plus grand-chose du programme du candidat.

La grande réforme des retraites, née d'une vue trop théorique de la situation, est oubliée; Macron n'a pas réussi à être accepté comme leader de l'Europe, et bien au contraire, c'est l'Allemagne qui est en train de s'imposer face à une France plombée par les dettes qui la rangent désormais sans ambiguïté  dans le camp des pays du club med; Macron veut nous faire croire qu'il s'est converti à l'écologie, et nous concocte un plan vert pour les deux dernières années de son mandat.

Seuls les imbéciles ne changent pas d'avis, dit-on. C'est bien sûr vrai, et rester bloqué sur ses positions peut tourner à l'intégrisme.

Mais on peut s'interroger sur la légitimité d'un président élu sur un programme déterminé et sur une certaine vision du monde, et qui sous le poids de la réalité, tourne casaque. Productiviste et mondialiste un jour, social ensuite, vert maintenant !

La vraie démocratie ne consisterait-elle pas à ce qu'un président devenu impuissant à mettre en oeuvre son programme, démissionne, quitte s'il le souhaite et s'il le peut, à se représenter avec un programme né de ses nouvelles convictions ?

La France qui a voté Macron a sans doute du mal à suivre son candidat dans ses contorsions, et l'autre ne doit pas voir en lui le meilleur acteur possible.

La légitimité d'un président est l'élection, mais les électeurs votent autant pour un homme que pour un programme. Quand le programme est obsolète, ne faut-il pas légitimer le nouveau le programme par des nouvelles élections ?

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