Revaloriser le smic - une nécessité humaine et économique

Le dernier coup de pouce au smic, en dehors de la revalorisation automatique, remonte à 2012. Un scandale humain, car une monstruosité d'égoïsme, et une bêtise économique, car un frein de la demande.

Un scandale humain

Un travailleur payé aujourd'hui au smic ne vit pas mieux que le mineur ou l'ouvrier du textile du XIXème siècle. Est-ce acceptable ?

Quand les patrons et les cadres ont vu leurs rémunérations exploser ces vingt dernières années, celles du bas de l'échelle ont stagné, faisant juste un peu mieux que l'inflation. On vivait mal il y a vingt ans avec le smic, on en vit très mal aujourd'hui, si mal qu'on est à peine au-dessus du seuil de pauvreté, fixé à 1015 € nets par mois, quand le smic net s'élève à 1171€ pour 35 heures travaillées par semaine.

Le constat devient carrément scandaleux quand on considère l'inflation du prix de l'immobilier dans les grandes villes, celle de l'essence et de l'énergie, celle des fruits et légumes, de la viande et du poisson.

Autrement dit, la paupérisation des travailleurs dits du bas de l'échelle est une réalité qu'on ne doit pas nier, et qui doit indigner tous les décideurs économiques et politiques, et tous ceux qui sont encore attachés à une société juste, permettant à tous ceux qui travaillent de vivre décemment de leurs salaires.

Et si les décideurs vivaient la vie des smicards

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, et tous ceux qui jouent les experts et les sages pour dire que la revalorisation du smic aurait des conséquences économiques néfastes, devraient "vivre la vie" des smicards : pas sûr qu'ils tiendraient seulement quelques semaines, avec des boulots pénibles, dangereux, stressants, salissants pour des salaires interdisant un accès à un logement décent, sans parler du superflu comme la culture et les loisirs.

C'est la honte de notre société, que les humanistes de tous bords devraient hurler à longueur de journée. Quand on veut, on peut, il suffit pour cela de réfléchir à une autre répartition de la richesse. Mais bizarement, personne ne veut, car personne ne veut voir son propre revenu entamer, même de pas grand-chose.

Ce constat est malheuresement universel, il est inhérant à la logique économique engendrée par le capitalisme financier mondialisé.

Une bêtise économique

Sur des sites bien pensants comme BFM Business, on entend des experts auto-proclamés venir nous affirmer que la "hausse du smic engendre le chômage" ! Mais pas la hausse des salaires des dirrigeants, ni celle des cadres supérieurs, ni même celle des cadres en général, seuls bénéficiaires des "largesses patronales" !

Pourtant quand un grand patron reçoit quelques millions d'euros de bonus ou d'actions, il ne se presse pas de les dépenser chez Auchan ou Darty, mais plutôt dans des fonds d'investissement judicieusement localisés dans des paradis fiscaux, sous les conseils experts et avisés des services banque privée des grandes banques. Retour économique ? Zéro ! Il peut aussi aller s'acheter des énormes villas dans les îles ensoleillées sous le couvert de SCI et de prête-nom qui le dispenseront même de l'impôt sur la fortune immobilière. Retour économique ? Zéro ! Le ruissellement cher au président de la république est un leurre.

Augmentez le pouvoir d'achat des smicards et des salaires voisins, et l'effet sur la consommation est immédiat. On l'a bien vu en 2019 après l'élan de générosité du gouvernement suscité par l'effroi des gilets jaunes ! Partout les mêmes experts que ci-dessus ont attribué à ce petit coup de pouce le surplus de croissance de la France par rapport à ses voisins européens.

C'est l'Etat qui a fait l'effort, dira-t-on, pas les entreprises, qui verraient leur compétitivité mise en cause. La conséquence en a été le redémarrage du déficit des finances publiques, et de son corollaire l'endettement, qu'on paiera un jour, c'est une certitude. Et à force de faire de l'Etat le supplétif de la déficience des employeurs, on restreint tous les budgets de fonctionnement et d'investissement, pour arriver aujourd'hui à la faillite des hôpitaux, à la misère des Universités, à une sous-rémunération des enseignants qui est la honte de la France et qui demain posera des problèmes de recrutement, à une justice et une police exangues, un système carcéral dénoncé par la Cour Européenne.

Le Médef et ses experts ont su imposer leur fausse vérité, à savoir qu'une hausses des bas salaires menacerait leur compétitivité et donc leur existence même. Oui si les objectifs de profitabilité restent les mêmes qu'aujourd'hui. Non si on accepte une répartition de la richesse plus juste, c'est à dire moins de dividendes versés aux actionnaires, moins de distribution aux cadres dirigeants et supérieurs. Non si l'entreprise n'est pas confrontée à la concurrence internationale. Non si une rémunération accroît la motivation des salariés, diminue l'absentéisme.

A l'heure où l'on parle partout de bien-être au travail, de respect, de bienveillance, la première nécessité est bien d'attribuer à tous les travailleurs une rémunération qui permette de vivre avec un minimum de décence.

Le respect dû au travailleur passe d'abord par une rémunération décente.

 

Payer la non-attractivité

En France et ailleurs, un travailleur est supposé qualifié quand il a des diplômes. Sinon, il est smicard.

Pourtant, faire le travail que personne ne veut faire, parce que dangereux, salissant, stressant, mal payé, peu respecté, ça vaut bien une qualification, non ? Ca se paie, non ?

Il est remarquable de constater que les travailleurs les moins payés sont ceux qui oeuvrent au but même de l'entreprise : les ouvriers des chantiers, les livreurs chez Amazon ou les marchands de pizza, les chauffeurs dans les entreprises de transport et de taxi, les jardiniers dans les pépinières ou les entreprises de travaux de jardinage, les assistantes à domicile dans les entreprises de cette activité, les éboueurs et les "techniciens de surface" dans les entreprises de nettoyage et de ramassage d'ordures,  ...
Aux comptables, aux as du marketing, aux gestionnaires, les payes décentes, aux gens de terrain la misère.

Depuis longtemps, un tas de postes mal payés parce qu'affichés non qualifiés ne trouvent pas preneurs. Seulement par des travailleurs immigrés, moins exigeants. Il y a là pour le présent et encore plus pour l'avenir une source de conflits à même de faire voler en éclats le consensus social. On le voit déjà.

A l'heure où on affiche la volonté de porter haut l'éthique et la durabilité, il est impératif de rémunérer le travail, tout le travail, à sa juste valeur. C'est une exigeance humaine, autant qu'une nécessité économique, mais aussi une exigeance sociale et politique pour maintenir le consensus social de nos nations, déjà en danger partout.

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