Les programmes et les hommes

Programmes, programmes ... On en réclame quand il n'y en a pas, on n'en discute pas quand il y en a. Et au bout du compte, vote-t-on pour lui ou pour l'homme qui le représente ?

Trump

L'ami Trump a été élu sur un programme bien précis, en rupture complète avec les précédents présidents. On allait tout casser, on allair voir ce qu'on allait voir, et les scarifiés d'hier allaient être les gagnants de demain!
Depuis, Trump connait la réalité du pouvoir.
Il a recruté dans son équipe des banquiers d'affaires, ceux-là même qui étaient les grands ennemis d'hier. Le capitalisme financier allait payer, mais ses plus hauts dignitaires sont plus que jamais présents à la Maison Blanche et au gouvernement. A Goldman Sachs échoit désormais le plaisir de détricoter ce que Obama avait mis en place après la crise de 2008 qui avait failli abattre le monde développé.
En Palestine, le changement du lieu d'ambassade n'est plus urgent, et la colonisation israélienne pose problème. Ouf!
A Trudeau, Premier Ministre canadien très favorable à l'accueil des migrants, Trump fait bonne figure, dit même qu'il partage ses valeurs. 
Trump fait ami ami avec le Premier ministre japonais, et annonce pour apaiser les chinois, que la reconnaissance de Taïwan peut attendre.
Quant à l'ami Poutine, Trump président des Etats Unis d'Amérique se montre moins enthousiaste, plus circonspect. En un mot plus responsable.

Les naïvetés de la campagne électorale semblent avoir passé. Tant mieux pour la santé du monde. Mais gare à la colère de ceux qui ont cru aux belles promesses, et qui pourraient ne pas subir paisiblement leur déception.

Fillon

Lui aussi se voulait anti-système, lui qui n'a jamais travaillé que dans la politique, et mène une vie de château dans un des coins les plus traditionalistes de France.
Il se voulait en père la rigueur face à un Hollande qui n'a pas réussi à combler les déficits et à un Sarkozy bling-bling qui les avait accrus - avec l'aide de son Prenier Ministre.
Alors à droite toute, pour un vrai programme d'austérité, celle-ci étant assimilée à ses heux d'hyper-privilégié, à la bonne gestion. 500 000 postes de fonctionnaires supprimés, sans jamais préciser où et lesquels, déficit budgétaire réduit à zéro, sécurité sociale partiellement privatisée, le remboursement des soins courants devant être confié à des mutuelles privées, sur le bon conseil de son ami ancien président du groupe AXA.

Et badaboum! Le catho provincial en voie de radicalisation se révèle un prédateur comme les autres, cupide au point de rémunérer fictivement épouse et enfants aux frais de la république. Un train de vie de châtelain, ça se mérite, et 6000€ par mois d'indemnité parlementaire, même avec un régime fiscal doux, est très loin d'y suffire.

Alors aux oubliettes le programme! Ce qui était censé plaire à la droite de la droite pour gagner les primaires commencait déjà à subir un relooking pour plaire à une frange de clientèle plus large.
Mais depuis le Pénélope gate, le message de Fillon ne passe plus, quand il réussit à parler d'autre chose que de ses bontés familiales.   
Quelque soit l'avenir du candidat Fillon, l'austérité revendiquée lors de la primaire a du plomb dans l'aile.

Hamon et les autres

Hamon a gagné parce qu'il n'y avait pas d'autre vraie alternative. Le premier surpris de sa victoire a sans doute été lui-même, et il ne donne pas le sentiment d'avoir vraiment envie d'être président. Dans le vide abyssal de la gauche, dans son effondrement doctrinal et ses interrogations existentielles, Hamon a eu une trouvaille géniale: le revenu universel. C'est une belle idée, généreuse, intéressante, testée par çi par là à toute petite échelle. Mais de là à la mettre en place à l'échelle d'une nation, il y a un grand pas, que Hamon, candidat à l'improbable succès a osé franchir.
Sûr qu'une fois élu, si cela devait arriver, il y aurait un savant retour en arrière.

Mélanchon caracole en tête de la gauche. Grace à son programme? C'est l'homme qui plait, ses paroles qui se veulent proches des préoccupations des gens, son talent oratoire, sa culture et son humour, ses colères aussi. Mélanchon l'insoumis, ça plait en ces temps de résignation. Il a un programme certes, mais qui le connait, qui a lu son gros livre? 

Valls a été sorti prématurément du jeu. Au pouvoir pourtant il n'a pas démérité, il s'est montré à la hauteur, et tout le monde s'accorde sur sa stature d'homme d'Etat. Mais l'homme ne plait pas, paraisant toujours en colère, pessimiste, bougon, criant après moi le déluge. Ce n'est pas sur son programme que Valla a été battu, c'est sa personnalité même qui a déplu et l'a conduit à l'échec.

Et Macron ?

On dit qu'il n'a pas de programme. Mais depuis des mois il distille un ensemble de mesures et mesurettes, qui toutes assemblées, feront un programme.
Mais la vague Macron ne s'arrête pourtant pas, même quand, parce qu'ennemi n°1 de tous, tous ses adversaires s'acharnent contre lui.
Il plait et continue à plaire, même sans programme édité en livre, même sans parti politique, même sans expérience de Premier Ministre ou sans bien longue expérience de ministre.

Macron président ? Ca n'est pas une incongruité. Face à une gauche éclatée, une droite clivante et décrédébilisée si c'est Fillon qui la représente, Macron est au second tour. Et il gagne haut la main face à Marine Le Pen.
Plein de choses peuvent encore arriver, le dégonflement de la bulle Macron, la candidature de Bayrou. Il reste que même sans programme, Macron a acquis une vraie crédibilité. Pourquoi ?

L'homme plait. Par sa jeunesse, sa modernité, son empathie avec les gens, son décalage avec le monde politique en place depuis trop longtemps.

On vote pour un homme autant ou plus que pour un programme

De programme il faut bien pourtant. Mais l'homme compte avant tout, sa capacité présumée à gouverner, à représenter son pays à l'étranger, à le maintenir ou l'orienter dans la bonne direction, à être présent dans le concert des nations, avec dignité et sagesse.
Parfois un programme avance une idée révolutionnaire, comme le Brexit. Là oui, c'est l'idée qui surpasse l'homme. Les idées de Trump sans Trump n'auraient sans doute pas passé. Son côté grande gueule, américain moyen, voire beauf, malgré ses milliards, ont suscité l'adhésion de l'Amerique moyenne. 
Personne aujourd'hui ne remet en cause le système capitaliste qui régit la quasi-totalité du monde. Donc les programmes des uns et des autres ne changent le monde qu'à la nano-marge. Mais on veut croire en la capacité de changement d'un homme.

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