Un monde nouveau ?

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  • Le 11/04/2020
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Certains voudraient que d'un mal sorte un bien, et que du covid 19 sorte la construction d'un nouveau monde. Belle utopie, qui pourtant a bien peu de chance de se réaliser. 

 


Comme à chaque fois


Après chaque grande crise, tout le monde s'écrie "plus jamais ça". Et puis les bonnes intentions se délitent, la vision des malheurs s'estompe. Le nazisme s'affiche maintenant avec presque plus de honte, la der des der a été suivie d'une autre vingt ans plus tard, les rêves sociaux du Conseil de la Résistance sont inexorablement remis en question depuis la fin des trente glorieuses, d'autres folies financières ont suivi celles de la crise des surprimes de 2008. 

On ne tire pas les leçons de l'Histoire, parce que les contextes changent, et que l'intérêt individuel, la cupidité, l'égoïsme de tout un chacun, reprennent le dessus.

La Der Des Der - Fréhel

Le profit ne peut pas être le moteur principal de l'activité humaine

Les écologistes de tous bords s'affichent pour proclamer leur refus d'un retour au monde d'avant, destructeur de la planète. Ils voudraient casser le monde d'aujourd'hui, et repartir sur quelque chose d'autre, sans bien préciser quoi.

Mais ce monde d'aujourd'hui n'a pas été créé ex-nihilo par un imperator, il est le prolongement du monde d'avant. On ne rompt pas d'un claquement de doigt des organisations sociales qui ont des millénaires.

De tout temps, les sociétés humaines ont reposé sur le travail. C'était le cas en Mésopotamie, en Grèce, en Egypte, en Chine. Il a lieu dans l'administration, dans des ateliers, des commerces, à la campagne. Le progrès technique, l'accroissement des populations, ont agrandi les usines, facilité les échanges, accru la productivité, modifié les organisations. Mais le principe est resté le même.

Un pas crucial a été franchi d'abord avec le taylorisme, qui en saucissonnant les taches a fait perdre au travail une grande partie de son intérêt, et a amené le déclassement de la classe ouvrière, puis avec le capitalisme, qui a hissé haut le pouvoir de l'actionnaire, sacralisé par la mondialisation financière.

La sacralisation de l'actionnaire à poussé le système à l'absurdité dans laquelle il se débat aujourd'hui, en faisant du profit et son accaparement par quelques uns la finalité première de l'entreprise, bien au-dessus de la satisfaction client, du bien-être des salariés, de l'intérêt de l'Etat et de la collectivité. Il a généré une logique de gestion, que tous les gouvernements de tous les pays ont adoptée pour la gestion des services publics.

Si monde nouveau il doit y avoir, c'est cela qu'il faut changer, cette suprématie du profit. Le profit doit être un moyen, non une fin, le moyen d'assurer la pérennité de l'entreprise, non celui d'apporter la fortune à quelques uns.

En attendant, la priorité est au redémarrage de la machine économique, la situation actuelle étant mortifère pour des centaines de milliers de personnes.

 

Addition non partagée

On peut douter des changements futurs quand on voit VOLKSWAGEN, BMW et MERCEDES, afficher leur volonté de distribuer des dividendes, alors qu'ils sollicitent l'Etat pour les aider à passer la crise sanitaire.
Ceux-là ne sont pas prêts à changer le monde, et il est sûr qu'ils joueront de tout leur pouvoir et influence pour que rien ne change.

Le monde va sortir exangue de la crise sanitaire, faillites, emplois perdus, désespoir, vont fragiliser la reprise qui sera plus longue que souhaitable. Certains secteurs vont repartir très vite, d'autres lentement, et beaucoup d'entreprises, de professionnels indépendants, de travailleurs en CDD, ou auto-entrepreneurs, vont rester sur le carreau. Les Etats vont connaître un endettement abyssal, dont personne ne mesure les conséquences.

Alors, quoiqu'on veuille, la priorité de tous les gouvernements sera de faire repartir la machine économique, parce que sans cela, on ne pourra plus assurer les salaires, les impôts, les retraites. Une économie ne peut pas durablement être à l'arrêt. Il n'est pas temps de réfléchir à un nouveau monde.

 

 

Des pistes

La limitation de la mondialisation ne se décrètera pas en un claquement de doigts. Les économies sont imbriquées les unes dans les autres, l'Europe n'est pas que perdante, la mondialisation n'a pas que des effets négatifs. Les pays européens ne pourront pas se "démondialiser" seuls, la concertation sera nécessaire.
Mais il faudra aller vers une relocalisation d'activités, industrielles comme agricoles, en acceptant de payer plus cher le made in France. 

Il faudra s'attaquer aux excès du capitalisme financier : faire entrer les salariés dans les conseils d'administration avec pouvoir décisionnaire, modifier les paramètres de notation des entreprises en introduisant des indicateurs sociaux et environnementaux, limiter la croissance externe des groupes et l'apparition de monopoles ou quasi-monopoles, limiter le rôle de l'actionnaire dans les entreprises cotées, réglementer les dividendes en le rapprochant notamment de l'impôt sociétés versé, de façon plus générale limiter le pouvoir des marchés. Il faudra stopper l'industrie de la défiscalisation et du dumping social dont abusent grandes entreprises et riches particuliers avec l'aide actif ou passif des grandes banques internationales et avocats d'affaires.

Deuis quelques années, l'Etat est remis en question, la baisse des impôts est le cri de ralliement du plus grand nombre, ses interventions sont souhaités a minima.
Mais quand vient la crise, et il en surgit une tous les dix ans, tous les acteurs économiques, du petit coiffeur au pdg du cac 40 quémandent son secours. Quand tout va bien, l'Etat est celui qui limite les excès des plus cupides et maintient tant bien que mal un consensus social. Et quand la crise est là, c'est lui qui évite la noyade.
Il faut que l'Etat retrouve son prestige, et que tous les citoyens prennent bien conscience de la double fonction incontournable qui est la sienne : solidarité et sauvetage.  

Il faudra remettre l'humain au coeur des activités des entreprises et des services publics. La crise actuelle a montré toute l'importance de cette main d'oeuvre réputée non qualifiée que le capitalisme de ces dernières années a tenté d'éliminer en robotisant, automatisant, déclassant, sous-payant. L'écart de salaires devra être réglementé, les objectifs de productivité remplacés ou complétés par des objectifs environnementaux et de bien-être. 

Les considérations environnementales devront être inhérentes à l'activité, on pourra s'inspirer pour commencer des propositions à paraître prochainement de la Convention citoyennesur le Climat.
 

 

Cela ne fera pas un monde nouveau, à proprement parler. Mais si les considérations humaines venaient à l'emporter sur celles de profit ou d'intérêt partisan, le monde serait alors sur la bonne voie.

N'espérons pas trop toutefois, les moteurs du monde resteront le goût du pouvoir et la quête de richesses. Rien qui annonce vraiment un nouveau monde.

La sagesse, le respect d'autrui, la bienveillance, la tolérance, la générosité, l'ouverture à autrui, la modestie, l'humilité, toutes valeurs qui doivent prédominer si l'on veut que le monde soit meilleur, ne sont pas les armes qui mènent au pouvoir.

Le monde nouveau que d'aucuns souhaitent n'est pas encore né.

 

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