Chômage - les voies du futur

Les conférences sociales s'ouvrent et se ressemblent. Année après année, on y fait les mêmes bilans angoissants, sans que rien ne change.
En septembre 2015, 3,5 millions de personnes sont inscrites dans la catégorie "A", ceux qui n'ont pas du tout travaillé dans le mois précédent. Avec les B (inscrits qui ont travaillé moins de 78h) et C (activité réduite), le total est de 5,4 millions. Et combien de non-inscrits ?
Ce sont les jeunes ...

 

... qui sont le plus durement frappés, avec un taux de chômage de 24% ! et les ouvriers/employés et les non diplomés. Rien de nouveau sous la bourrasque.
Plus intéressant, les fins de contrat à durée déterminée sont, de loin, le premier motif d'inscription à Pôle Emploi, devant les licenciements économiques. Bienvenue à la flexibilité !
Encore plus grave, le crise "s'enkyste". La situation de chômeur s'allonge, et le nombre de chômeurs depuis 3 ans et plus approche maintenant celui des inscrits depuis 3 à 6 mois. 
La sortie du chômage par l'emploi n'est pas la voie pricipale. 40% seulement se désinscrivent parce qu'ils ont retrouvé du travail, les autres parce qu'ils s'inscrivent à une formation ou sont désinscrits de Pôle Emploi.
Enfin, l'emploi se précarise. Si globalement le CDI reste majoritaire (77%) sous l'effet du stock, 85% des embauches 2015 sont réalisées sous la forme de CDD. 45% des 15/24 ans seulement ont des contrats à durée indéterminée!

La faute à qui?
Au gouvernement de gauche, dit la droite quand elle est dans l'opposition. Au gouvernement de droite, dit la gauche opposante.
Il faut arrêter de rêver, et faire semblant de croire que la solution dépend de la baguette magique d'un gouvernement, quelqu'il soit. Il n'y a plus qu'en France qu'on attribue à l'Etat la capacité de changer le monde, alors que partout les Etats sont impuissants face au capitalisme financier mondialisé. La seule idée originale vient du FN, qui veut protéger notre économie en fermant les frontières. Ce n'est rien d'autre que stupide et irréaliste. 
Les premiers responsables sont d'abord les entreprises et le dieu qu'elles vénèrent, le profit. Pas celles qui vont mal, sauf leur responsabilité de mauvaise gestion. Mais celles qui vont bien.
Ces dernières n'ont plus pour seule fin que l'accroissement de leur taux de profit, dans l'objectif de plaire aux analystes financiers. Il faut chaque année plus de bénéfices pour plus de dividendes au profit des actionnaires institutionnels , et que le cours de l'action monte, au profit des élites dirigeantes au travers des stock-options, parts variables et autres parachutes dorés.
Dans ce contexte, la ressource humaine n'est plus que masse salariale, toujours trop coûteuse. Alors tout est bon pour la stabiliser voire la diminuer: stagnation du pouvoir d'achat pour le plus grand nombre (employés, ouvriers, cadres petits et moyens), recours aux CDD et aux prestataires pour s'assurer une flexibilité dont on n'a pas forcément besoin mais qui rassure, délocalisations, sous-traitances à l'étranger. Peut-on rêver d'un peu plus de citoyenneté dans les critères de décision des grands groupes?
Les très grandes entreprises ne sont dès lors plus créatrices nettes d'emploi en France. Elles le sont pourtant au niveau du monde. Si autrefois elles ont délocalisé les métiers réputés sans valeur ajoutée, amenant un chômage irréversible à des centaines de milliers de personnes, ce sont aujourd'hui des postes d'ingénieurs, chercheurs, informaticiens qui sont transférés dans des pays à salaires plus bas.
La numérisation de l'économie ensuite, dont on ne connait que le commencement, va engendrer une destruction massive d'emploi, en plus d'un bouleversement du modèle social. On a déjà parlé içi du phénomène de l'ubérisation, avec Uber, Blabla car, et autres plates-formes dans les travaux d'entretien, la cuisine ... Mais aussi la numérisation va modifier profondément les métiers, avec des impacts dramatiques sur l'emploi. Prenons la banque, avec ses vastes réseaux d'agences implantées dans toute la France. Le constat est sans appel, le client ne fréquente plus ces agences, parce qu'il trouve avantage à faire toutes ces opérations via les applications Internet de sa banque. Le problème est que le poids des réseaux rend non compétitives les banques qui ne sont pas "pure players" Internet. Elles ont longtemps cru, ou voulu croire, que l'offre multi-canal aurait la préférence des clients. Mais pas à tout prix. Donc exit le Réseau. La SG annonce la fermeture de 400 agences, le quart de son Réseau, d'ici 2020. Le reste suivra. La banque est un des plus importants employeurs en France. Ca va être bientôt fini.
Il y a un deficit de mentalité entrepreneuriale en France. Les entreprises françaises petites et moyennes exportent peu, par frilosité, peur de l'aventure. Des milliers d'entreprises ont disparu, incapables de résister au souffle concurrentiel venu des pays de l'Est d'abord, de l'Asie ensuite. Ce n'était pas inéluctable, l'exemple de l'Allemagne le prouve. S'il se crée beaucoup d'entreprises, il en reste peu après 5 ans. Et trop souvent le fondateur la revend à bon prix à un plus gros que lui, qui la fera disparaître après avoir pompé un ou deux brevets, un ou deux ingénieurs. Montupet était à vendre. Pas de français pour la reprendre. Quand le groupe canadien repreneur sera dans la tourmente, c'est le français qui trinquera.
Difficile d'être optimiste dans ce contexte. On rêve de croissance, en pensant qu'une croissance retrouvée solutionnera le problème. Certes cela l'allègera. Mais ne rêvons pas. Une relance de la consommation profite dorénavant plus aux importations qu'à la production française. Quel taux de croissance faudrait-il paur une baisse significative du chômage? 3% était le taux estimé il y a quelques années. On doit être plus près de 5% aujourd'hui, taux parfaitement irréalisable. 

Les solutions sont ailleurs, et restent à trouver. Apporter la sécurité aux emplois précaires, mettre en place un revenu universel comme l'envisage la Finlande et d'autres pays du nord ? Si on fait le constat que le plein emploi ne sera plus jamais atteint, et comment ne pas le faire aujourd'hui, alors oui, ce sont les pistes à creuser. 
 

économie