Chemin de Compostelle du Puy à Figeac

C'était une vieille idée, faire un bout du Compostelle au travers notamment la  Lozère et l'Aveyron. Ainsi naquit le projet d'aller du Puy à Figeac, une douzaine de jours pour 260km.
Un peu d'équipement complémentaire, un sac de 40 l, de quoi prendre le strict minimum ... y compris le net book, le topo Guide de la FFR et l'incontournable Miam-Miam Dodo pour les hébergements et la restauration, un regard sur les prévisions météo, très favorables, et me voilà parti.
Ci-dessous un journal succinct fait au jour le jour.

le diaporama musical du Puy en Velay à Figeac (18 mn)

Vendredi 20/09 - Le Puy en Velay
Grosse fiesta au Puy, c'est la fête du roi l'Oiseau, ou fête de la Renaissance. Des centaines de passants sont vêtus à la mode médiévale, qui en mendiants qui en bourgeois et seigneurs, et de multiples mini spectacles animent la ville.
Diner sympa avec les traditionnelles crépinettes aux lentilles du puy, et un entremet à la verveine du Velay.

Samedi 21/9 - Le Puy / Bains
9h, heure du départ. Dernier coup d’œil sur le parcours, et oh! surprise, les 22 km prévus sont ramenés à 11. J'avais prévu d'aller à Bains en empruntant une variante, sauf que dans mon calcul de kilométrage, j'ai ajouté la variante aux km du chemin ordinaire! Manque de rigueur, souci d'aller trop vite, ennui de revenir sans cesse sur le métier ...
Je décide quand même d'aller à Bains, mais par une variante de la variante, histoire de marcher au moins 15km.
Départ en fanfare du Puy par une longue et rude montée qui me propulse bientôt à plus de 900 m d'altitude. Les paysages du Velay sont toute douceur, marqués par des bosses douces et régulières, issues d'anciens volcans. Vaches, chèvres et moutons noirs animent les prairies.
Fait étape à Bains dans une maison d’hôte. Repas magnifique avec les hôtes agriculteurs, des amis et des gens de passage. Au menu, un plat régionnal, plutôt ardéchois, la « maoche »: lentilles et porc mélangé avec du chou, poireau, pruneau, un vrai délice. L’hôte cultivait des céréales, whisky donc à l’apéro, vin à volonté ensuite, et … je suis faible. Heureusement que je fais 20 km demain, et que je n’ai pas mangé ce midi !

Dimanche 22 septembre – Bains / Monestrol
Longue montée encore une fois au départ de Bains, pour arriver de 1000 m à plus de 1200 m au lac d’œuf, qui n'a de lac que le nom, puisque ce n'est plus qu'une tourbière. Pour très vite redescendre d’autant, et arriver à Chier (je devrais dire au Chier, puisque le hameau se nomme Le Chier. Mais bon !) . Un croissant pour le déjeuner à St Privat d’Allier, remarquable par son site et son église romane. Et pour le digérer, remontée de plus de 200m pour les redescendre aussitôt par un chemin raide et difficile. Étape à Monestrol sur les bords de l’Allier.

Lundi 23  septembre – de Monestrol à La Clauze
Encore une étape rude, avec 400m de dénivelé en 4 km pour se dérouiller du sommeil de la nuit, et évacuer le vin d’Ardèche bu sans trop de modération la veille au soir. Mais quel spectacle que cette montée de la falaise surplombant Monestrol et l’Allier !! Comme toujours, on redescend presque aussi vite qu’on est monté, pour remonter de plus belle. Étape dans un gîte étape, avec dortoir à 4.

Mardi 24 septembre – de La Clauze à St Alban
Dans le gîte-étape, on fait des connaissances. C’est bien. Mais dans le dortoir, la nuit est animée des ronflements, reniflements et autres bruits sympathiques qu’émet tout un chacun, y compris soi-même. Mais ceux-là ne gênent pas ! Nuit un peu difficile quand on a le sommeil léger, de toute façon le proprio avait bien prévenu : le petit déj, c’est à 7h, pas 7h5. Dans le pays de la bête de Gévaudan, pas question de désobéir. 7 h donc, très léger petit-déjeuner par manque total d’appétit, et départ pour moi à 7h40 pour pouvoir marcher seul, comme JJ Goldman. C’était sans compter sur mon incomparable charme qui a donné des ailes à la collègue canadienne qui m’a rattrapé au bout d’une heure de marche!. Nous avons donc fait chemin commun, ce qui ne servait à rien car le bourgeois que je suis préfère l’hôtel et la chambre d’hôte à la tante, mais qui m’a fait faire des progrès en anglais, car cette aventureuse canadienne des environs de Vancouver ne dit pas trois mots en français (son vocabulaire se limite  à bonjour et merci, ce qui permet au fond d’aller partout !). La halte au domaine sauvage sur le plateau de la Margeride à 1300m d’altitude a été somptueuse, et les 22 km ont filé presque sans douleur.

Mercredi 25 septembre – St Alban / Aumont s/ Aubrac
Petit parcours de 14 km seulement, difficulté de logement oblige. Nous avons retrouvé les deux marcheurs de La Clauze, et c’est à quatre que nous avons continué le chemin, sous un chaud soleil. Peu à peu, la Margeride se transforme en Aubrac que nous traverserons demain et après-demain, si les pieds le permettent : 26 km.

Jeudi 26 septembre – Aumont / Nasbinals
Longue étape aujourd’hui, 26,5 km. Mais quel paysage ! Sous un chaud soleil, la traversée de l’Aubrac est un enchantement, un régal pour celui qui aime les grandes perspectives et les paysages qui brûlent sous le soleil. Les vaches ont la sagesse d’y faire la sieste, regardant d’un œil perplexe passer les pèlerins, les champs sont couverts de blocs rocheux, qu’ont utilisé nos ancêtres  pour monter les kilomètres de murets en pierres qui divisent le paysage. La chaleur intense, les pieds et le dos qui font mal sont oubliés, mais quel bonheur quand même d’avaler gloutonnement le bienvenu panaché à Nasbinals.

Vendredi 27 septembre – Nasbinals / St Chély d’Aubrac
Deuxième jour formidable dans l’Aubrac. Journée facile parce que longue de 17 km seulement, se terminant par une longue descente. Nous aurons évolué depuis Le Puy de 1000 m à 1300 m en permanence, nous sommes redescendus à 600m à St Chély. La chambre d’hôte était tenue par des belges, venus ici depuis 13 ans.

Samedi 28 septembre – St Chély / Espalion
Journée de 22 km qui s’annonçait pas trop difficile et qui l’a été bien plus que prévu. Certes nous sommes arrivés plus bas qu’au départ, mais en montant et descendant, avec de temps à autre de fortes côtes ou des descentes dans des sentiers empierrés où la prudence était de mise. Un joyau de l’art roman nous attendait à quelques centaines de mètres, l’église de Perse, écrin de grès rouge qui m’a fait ressentir une grande émotion.

Dimanche 29 septembre – Espalion / Golinhac
Journée attendue avec appréhension, 27km avec dénivelés et pluie annoncée. La pluie n’est pas venue, ou si peu, mais les dénivelés, oui ! Très dure étape, et même si Estaing nous a séduits, il a fallu le mériter par une interminable montée à travers la forêt, et le payer par 10 km de fortes et très fortes côtes par la suite. Les douleurs des premiers jours sont effacées, le corps se durcit. Seul le dos, pénalisé par le poids du sac, se rappelle à moi au bout d’une douzaine de km.

Lundi 30 septembre – Golinhac / Conques
20 km au programme, ce qui paraît peu, mais est toujours plus dur que prévu compte tenu des dénivelés. Le beau temps attendu n’est pas venu, un peu de pluie a même agrémenté le parcours, mais rien de bien dérangeant. L’arrivée sur Conques n’a pas déçu, non plus que le concert d’orgue dans l’église abbatiale ou l’explication des 124 figures représentées sur le magistral tympan.

Mardi 1 octobre – Conques / Levinhac
Il n’y a pas de jours faciles. On savait que la sortie de Conques était difficile, on n’ a pas été déçu. Les 15 km suivants furent un jeu d’enfants, malgré la fatigue des jours qui se suivent. Mais les cinq derniers furent un enfer.  Je ne serais pas surpris que les faiseurs de chemins des Comités de Randonnées soient de purs sadiques, pour nous faire monter de Decazeville à St Roch par des pentes à 20%, et nous faire redescendre ensuite à Levinhac-le-Haut, pas si haut que ça, par un chemin de terre raide et casse-g…  Ainsi va la vie du pèlerin marcheur ! De bonnes suées pour cette fin de parcours.

Mercredi 2 octobre – Levinhac / Figeac
25 km pour cette dernière étape, sans difficulté autre que la traditionnelle montée de départ, la longue descente d’arrivée, la chaleur et la distance, accrue par une certaine fatigue.

Le « chemin », on m’avait dit que c’était très particulier. Ça l’a été au-delà de mes espérances. Outre le dépassement de soi qu’il peut parfois demander sur le plan sportif, il est une opportunité exceptionnelle de rencontres. Tout le monde se parle sur le chemin, pèlerins, paysans, hébergeurs, commerçants. La complicité règne, le rapport humain domine, on se dit bonjour, on se parle, on se raconte. Loin de la déshumanisation qui a envahi nos cités et nos entreprises.
Je n’oublierai pas de sitôt ces douze jours de marche, qui ont fait que je ne puis pas être tout à fait le même après qu’avant. 

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